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Un point sur la Commission d'enquête du Sénat Universités françaises et excellence académique. #universités



Une partie de l'avenir de l'Université se joue peut-être devant cette Commission. En effet, l'Université n'est que rarement l'objet d'attentions précautionneuses des parlementaires ; or c'est ici le cas, les résultats de cette commission seront peu-être importants. On lira les recommandations et observations du rapport et, aussi, on pourra "rebondir" sur ce qui n'y est pas.

Pour tous ceux qui s'intéressent au Supérieur et à la Recherche, et qui notamment s'intéressent aux universités, les liens qui suivent seront utiles. Ils sont peu nombreux. La force des Écoles (dites Grandes Écoles) c'est le réseau construit, les Universités ont des présidents et doyens qui n'ont en général jamais mis en œuvre de véritables politiques construisant les réseaux. Même les docteurs de l'Université partent et ne donnent plus de nouvelles : et les grands savants que sont les universitaires regardent se perdre leur capital immatériel avec une constance étonnante. Dans de nombreuses composantes (UFR, facs, départements, instituts...) le service des stages n'est qu'un service administratif qui empile les docs PDF : on ne sait rien des entreprises qui donnent des stages ou recrutent... chaque universitaire est obligé de bricoler ses contacts ce qu'un départ effacera. Dans le même temps on multiplie les étages administratifs qui ne servent à rien sinon à bloquer toutes les initiatives. Les entreprises elles-mêmes ne sont pas très proches (ou parfois elles souhaitent mettre la main sur telle formation qui les intéressent...).

Cette situation est symbolique du peu d'organisation de la France quel que soit le secteur : on se contente souvent d'une gestion formelle (cherchez sur ce blog le thème de l'effondrement qui passe par cette gestion apparente...).

Désormais le poids administratif est tel qu'il n'y a souvent plus une once de démocratie : les 3/4 des personnels se sentent exclus par les équipes qui ont la main sur les conseils et la présidence...

Garantir ou restaurer l'excellence universitaire, la Commission devrait faire des propositions en ce sens, son objet est de ce point de vue assez étroit.

La page de la Commission d'enquête

L'audition du prof. O. Beaud

Il est intéressant d'écouter l'Inspection générale : sa vision du Supérieur semble étroite. Le fait de ne pouvoir répondre que sur des sujets objets d'un rapport de l'inspection laisse entendre que l'administration de contrôle n'a que les chiffres et réalités de ses propres rapports. Cela se note d'autant plus que de nombreux rapports étudient des questions de niches.

Comment l'inspection générale choisit-elle ses thèmes d'inspection ? Elle pourrait étudier les difficultés concrètes des enseignants-chercheurs par exemple car, comme l'on dit ordinairement, ce sont eux qui sont le moteur du système, qui accomplissent le cœur de métier... L'Inspection générale devrait faire le bilan du repyramidage. Un bilan précis serait très utile pour reprendre le processus de façon améliorée.

Bon, toutes les auditions de la Commission du Sénat sont intéressantes, il y a tellement peu de lieux où l'on peut parler de deux millions d'étudiants qui sont l'une des composantes sociales de l'avenir du pays.

A la commission sénatoriale et à tout citoyen.

Que la Commission veille à auditionner au moins deux-cinquièmes de personnes qui ont consacré, au cours de ces dix dernières années, tout leur temps à la recherche et à l'enseignement. Les enseignants-chercheurs qui publient et enseignent sont le pilier de l'Université. Ils méritent cette attention. La Commission a entendu près de 20 présidents ou anciens présidents d'université parisiennes. Certains ont été entendu deux fois car ils ont plusieurs qualités (Eric Berton, Régis Bordet, Dean Lewis). Présidentes et présidents sont entendus à quatre et parfois seuls, l'audition n'est alors pas du même genre. Les analyses ne sont pas très techniques et, bien qu'elles nous intéressent, par goût de la politique, il n'y a pas de discussion très précise sur ce qu'est enseigner aujourd'hui.

La Commission essayera sans doute de compenser la vue politique et générale des présidents par des auditions de simples enseignants-chercheurs. On note que certains présidents et les anciennes ministres indiquent enseigner pour donner du crédit à leurs propos et montrer qu'ils ne sont pas déconnectés.

Deux anciennes ministres ont été auditionnées - et aussi anciennes présidentes d'université tant pour Mme Vidal que Mme Retailleau).

A ce jour, je fais un point assez pessimiste. Cela ne veut pas dire que le rapport sera inintéressant ou que la Commission n'instruira pas qui a à l'être.

Il y a les préoccupations de la Commission et il y a les convictions. Le Sénat suggère des problèmes et des pistes, et les universitaires en face, de façon unanimes, président d'université ou autres, répondent : il nous faut de l'argent. Deux ou trois sénateurs ont essayé de faire passer l'idée qu'il n'y avait pas d'argent, mais le message n'est pas reçu et il ne réfrène pas les demandes des présidents d'université de financements à l’État.


VOYONS QUELQUES QUESTIONS QUI INTÉRESSENT SPÉCIALEMENT LA COMMISSION.


La Commission s'inquiète du taux d'échec en premier cycle, l'expression posant elle-même problème. Au-delà du phénomène et du mot, les présidents répondent il faut des financements pour améliorer l'encadrement. Si l'encadrement est amélioré on formera mieux et il y aura moins d'échecs. De petites pistes ont été évoquées, mais sans avoir investi ce sujet j'aurais pu les trouver seul : le débat ne donne pas beaucoup de fruits.

La Commission s'interroge sur les droits d'inscription des étudiants français. Les présidents ne sont pas inspirés. Il y a un problème général. Toute ressource nouvelle semble boudée. Doubler les droits ne serait pas un crime. Alors surtout que les frais d'inscriptions ont ailleurs, dans le public ou le privé, 20 fois supérieurs.

La Commission s'interroge sur les droits d'inscription des étudiants étrangers. Le consensus des non-dits les fait appeler "étudiants internationaux" (ça fait mieux), passons. Là, aussi, et en vérité plus nettement, l'augmentation des droits est assez massivement refusée alors même que ces fonds aideraient à accueillir lesdits étudiants ! L'Université française fait la politique du supérieur de divers payes et en plus elle se permet de mal le faire...?

Aucun président n'arrive à relier frais de centres de santé universitaires qui aident ces étudiants étrangers et les encaissements nouveaux possibles. On se cache derrière l'évidence que ça ne marcherait pas et qu'on perdraient ces étudiants. La France a peur de cela ??! Les présidents répondent que les étudiants étrangers assureront un jour notre soft power répondent-ils. Mon billet sur ce sujet précis, déjà publié ici, montre les travers de cette politique des universités. Un président a quand même dit, comme on l'a écrit, Donc les présidents d'universités françaises estiment que les Français doivent payer les études de 50 pays et les frais de santé de ces étudiants ; ils font la politique extérieure de la France sans sourciller.

Je n'ai pas l'impression que l'on vit dans le même monde. Bon, là-dessus, le montant des droits que le ministère avait fixé étaient assez hauts et auraient pu être progressifs.

La Commission s'interroge sur le bac comme droit d'entrée à la Fac, en L1. La question supposerait de savoir ce que l'on fait des jeunes que l'on n'accepte pas, certains présidents l'on dit ; en vérité ce n'est pas leur problème mais ils opinent : si la loi change la nature du bac, les Facs devront officiellement sélectionner. Cela ne semble pas plaire alors qu'elle simplifierait le fonctionnement des filières surchargées (droit, psycho, socio...). Mais cela intéresse peu les présidents consultés. Cette perspective se heurte ainsi à un mur. Le système qui est en place est à la fois à notre sens illégal et immoral : la sélection faite de facto répond à la limite des capacités d'accueil ! Certes mais comment se fait cette sélection ? On a le plus grand mal à le comprendre même en écoutant attentivement les présidents d'université. Alors on va dire les choses : les grandes facs sélectionnent comme si la sélection était un droit des Universités, et les plus petites facs héritent de toutes les autres candidatures dont les plus mauvaises. On classe mais en réalité on prendra tout le monde. On se tape la tête avec des critères plus ou moins pertinents mais qui ne servent strictement à rien : on prendra tout le monde ! Certains collègues auront à assumer des taux de 20 ou 30 % d'étudiants qui ne sont pas au niveau pour suivre le moindre cours et qui de plus souvent n'étudient pas et qui parfois protestent (on espère qu'ils oublient d'évaluer les cours et les enseignants, hein ? Aucun président n'oserait faire des évaluations de leurs collègues par des étudiants en détresse absolue : ce que l'on savait avant même leur inscription en fac).

En écho on a pas mal parlé du "oui si" (je vous admets à certaines conditions de remise à niveau), technique qui est un échec selon les présidents. Les étudiants (enfin élèves à qui on ne donne pas .

Bon, il suffit de rétablir un vrai bac avec des vrais notes et l'on règle au moins la moitié du problème.

En somme, sur ce point aussi, on a le sentiment que cette perspective est un non-sens, une impasse : les universités ne veulent pas en entendre parler.

La Commission s'interroge sur les enseignants de L1 et L2 qui pourraient ne pas être enseignants-chercheurs. Elle a en tête les prépas : les agrégés qui y enseignent n'ont pas ce statut. A nouveau les présidents sont en opposition totale avec ces susurrements de la Commission. En l'espèce, je suis plutôt dans ce sens, mais il faudrait décortiquer l'affaire au lieu de s'opposer de principe. Il faudrait détailler, et déjà commencer par observer que de nombreux EC ne sont en pratique pas chercheurs... ils délaissent cette activité qui est pourtant l'un des deux piliers du métier (surtout avec la défiscalisation jusqu'à 7 500 € des heures complémentaires). Là, les présidents pourraient être en délicatesse car c'est une situation qui a toujours été tolérée... en méconnaissance des obligations du statut des EC. Or il est un peu difficile de dire qu'on ne gère pas ses personnels et que même on leur accorde des primes. Ces collègues sont souvent très utiles aux présidents... En pure logique, ils pourraient simplement répondre qu'on a déjà de nombreux purs enseignants qui sont à 300 ou 400 heures de cours. Mais ne donnons pas à l'Inspection générale une idée de rapport : la pratique réelle des heures complémentaires dans les universités.

La Commission s'inquiète de l'échec (qui souvent n'est qu'un temps de la formation) mais ne s'interroge pas sur la nature des enseignements. Elle évoque souvent les formations professionnalisantes mais sans plus. Il faudrait peut-être descendre d'un niveau, jusqu'au cours, et voir si, même dans les formations générales, la création d'un cours pratique ne changerait pas les choses. Mais c'est une affaire de pédagogie relevant de chaque formation... la question est donc de savoir sur quelle mobilisation des personnels on peut compter.

Rien n'a été dit sur ce point.

Un enseignant-chercheur payé fort modestement* fait des cours (enseigne), fait de la recherche (cherche et publie), fait des tâches administratives (dont monmaster, parcoursup pour certains, traite de multiples emails, dont les réunions diverses, les jurys, les surveillances, remplit des papiers pour la moindre démarche...). et parfois assume des mandats nécessaires au système du Supérieur et de la recherche (missions internes ou parfois externes). A ces trois métiers s'ajoute désormais celui de faire de la promotion des diplômes par divers moyens... souvent personnels ! La mobilisation est devenue permanente : on peut se demander ce que serait l'université si les universitaires n'utilisaient pas leur téléphone portable personnel (pléonasme volontaire) qui par nécessité pratique est devenu un instrument de travail fourni à l'Etat...

La réalité qui en résulte est que la capacité de mobilisation restante est nulle ou maigre ; d'autant que la capacité à gérer les personnels est elle aussi nulle ou maigre.

En résumé, on peut se demander si la Commission et les présidents d'universités, notamment eux, ne se livrent pas à une sorte de dialogue de sourds.

Comment en sortir : avec de futures auditions ou directement dans le rapport ?

On doit pouvoir compter, là, sur l'intérêt du président de la Commission le Sénateur Pierre Ouzoulias et le talent et la sagacité du rapporteur, la Sénatrice Laurence Garnier.





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* La rémunération moyenne d'un MCF se situe autour de 3 400 € à 3 700 € nets par mois avant IR bien sûr : je fais confiance à GEMINI. La moyenne de rémunération d'un professeur d'université est supérieure, toujours en moyenne, de 1 200 euros (ce qui tient aussi à l'âge plus avancé des intéressés). Donc on peut toujours avoir des idées de missions ou d'actions, mais les EC font déjà plusieurs métiers et ne sont que mal payés pour seulement deux...


Un point sur la Commission d'enquête du Sénat Universités françaises et excellence académique. #universités



Samedi 30 Mai 2026
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