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19/12/2017 08:55

Les relations bancaires et financières ne peuvent pas être des relations commerciales établies de l'article L. 442-6 du Code de commerce

Les relations bancaires et financières ne peuvent pas être des relations commerciales établies de l'article L. 442-6 du Code de commerce
Les relations bancaires et financières ne peuvent pas être des relations commerciales établies… car la finance est indépendante de l’économie réelle ? Voilà l'explication qui est peut-être à donner à une décision dont la motivation est plutôt creuse (Cass. com., 25 octobre 2017, N° 16-16839 ; commentaire à paraître jeudi dans l'Hebdo Lexbase).

Si la motivation n'explique rien, il n'en reste pas moins qu'elle a une cause. Nihil est sine rationae... Rien n'est sans raison... Dans ce commentaire, nous donnons une explication positiviste (on est contra avec l'excellent commentaire de N. Dissaux publié au JCP E), une explication positivo-sociale et une explication purement culturelle ; le juge subit la finance à défaut de la bien comprendre et de trouver en doctrine de quoi l'analyser.

Cette décision permet de lancer le débat que les positivistes refusent d'engager : finance et économie réelle, quels liens, quelles vérités ?
17/12/2017 10:33

La carte judiciaire et la pensée élémentaire...

La carte judiciaire et la pensée élémentaire...
Les juristes n'en finissent pas de mourir mais on fête le nombre croissant des juristes d'entreprises, Youpi ! Tous ne font-ils que du droit ? Ne font-ils pas trop souvent du secrétariat juridique ou du secrétariat général ?

La dernière pulsion de survie des juristes concerne la carte judiciaire : il faut sauver les cours d'appel ! On ne saurait être contre si l'on est un peu girondin, si l'on voit la France telle qu'elle est, difforme, avec une région parisienne hypertrophiée. Mais le problème de la "filière juridique" (fêtée il y a peu) est ailleurs.

Les juristes sont peu respectés et l'indifférence à l'égard du droit les porte vers le fond. Même en première année de droit on peut évincer le droit au profit de matières de méthodologie (bon, c'est un détail). Si problème il y a, c'est moins celui de carte judiciaire que celle de l'activité judiciaire. Rénover l'activité judiciaire n'a jamais été sérieusement envisagée.

Mon billet sur le déclin de l'autorité judiciaire par rapport au "pouvoir de régulation" illustre la chose. Mais on pourrait aller plus loin et expertiser les arrêts d'appel pour vérifier leur teneur, profondeur et valeur (on s'étonne souvent de ne pouvoir les exploiter tant il sont elliptiques, en droit ou en fait, sur les demandes formulées ou sur la motivation).

En, trente ans il est apparu un nouveau pouvoir, qui vide l'autorité judiciaire de sa fonction, et les juges judiciaires semblent ne pas même s'en être aperçus. Et s'ils contrôle les peines des autorités de régulation, on leur explique sous cape qu'ils n'ont pas la compétence pour savoir ce qui est bon pour la société actuelle, notamment au plan économique. Car le pouvoir de régulation est née de l'irresponsabilité de l'exécutif, de l'incompétence du parlement et de la lenteur de la justice. Cela, c'est un aspect politique et juridique.

Au plan technique, au plan strictement juridique, sauver les cours d'appel passeraient davantage par une justice rénovée que par un militantisme localo-national. Il faut une justice rénovée, plus rapide, plus profonde en droit et donc davantage fondée sur les auxiliaires de justice, soit une justice qui se fait aider par les avocats pour être efficace. Or, l'ambiance est depuis deux décennies à un certain dédain des magistrats (issus d'un concours national) pour les simples avocats (issus d'un simple examen local) : personne ne peut donc penser au ministère de la justice à s'appuyer sur ces forces.

Un Syndicat des juristes injustement méprisés aurait un grand succès. Il plaiderait pour le maintien de la Justice, du Droit voire de l'Ethique (à la mode depuis 2000 ans). Il suinterait la nostalgie qui empêche de refaire la vie et le justifie : hier était si bien. Voilà à quoi l'on est tenu à défaut d'idées, de travail et de courage.



"Ecrire est difficile". "J'étais devenu une machine à combiner les mots", Jean d'Ormesson.



"Ecrire est difficile". "J'étais devenu une machine à combiner les mots", Jean d'Ormesson.
L'écriture, l'art d'écrire et l'écrit font des nœuds à l'estomac de nombre de personnes. Les romanciers ne sont pas les seuls au bord du trou noir que brosse le verbe écrire. Ici, on invoque le Dieu méthode, pour croire encore en son talent (achever son rapport, son mémoire, sa thèse, son manuel), là on voue aux gémonies ces fichus éditeurs aveugles de son talent.

Sous des airs joueurs et charmeurs, Jean d'Ormesson assassinait tous les truqueurs, imposteurs et médiocres. On l'a dit ici il y a quelques semaines (L'exercice de la pensée).

Tant veulent écrire ! Pour ne rien dire. Ou si peu. Pour paraître ! En cela, l'académicien était aristocratique et élitiste (je crois). Nombre de ceux qui s'entretenaient avec lui en étaient, de ces paradeurs en tous genres. Sa conception de l'excellence, il se l'appliquait à lui-même en disant toutes les pages noircies de sa main malhabile qui étaient passées à la poubelle.

Le professeur, philosophe, écrivain, journaliste, acteur (un peu), écrivain et de nouveau philosophe (Comme un chant d'espérance, 2014) s'interrogeait sur l'écriture. Il exploite le thème de l'écriture à travers l'angoisse et l'allégresse. Il attaque la chose en proclamant "Ecrire est difficile" dans "Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit" (2013 ; réédition en Pocket, en illustration, p. 148 et 151).

Ce chapitre V au titre trop long dit tout : "Où, entre imposture et grâce, l'auteur se transforme en machine à combiner les mots"

L'écrivain reprend et poursuit dans le texte. "Ecrire est une étrange combinaison d'allégresse et d'angoisse".

Et dans son style simple, qui souvent toque en deux ou trois points secs, il continue : "J'ai connu l'allégresse et j'ai connu l'angoisse". Il a été chanceux, talentueux. Travailleur. Moins que d'autres ? Plus que l'immense majorité. Les esprits qui se chauffent à l'idée d'écrire ne connaissent, pour la plupart, que l'angoisse. Même à l'université l'écriture est une plaie pour bien des acteurs autorisés. Ecrire mais quoi ? Pourquoi écrire ? C'est qu'on cacherait volontiers derrière un éditeur, qui a un nom, les creux des idées et du style. Ah ! Si lui pouvait oblitérer cet écrit d'un tampon de validation d'une pensée en crevasse.

Ici ou là, les éditeurs sauvent nombre de pseudo-auteurs, ces flats romans où ça papote dans un français si régulier que tout le monde s'y endort dessus, au non-rythme de ce genre de lignes. Les gens veulent écrire des histoires extraordinaires alors qu'ils n'en ont jamais connue au moins une ordinaire, c'est assez ridicule. Mais il y a des lecteurs divers. Et des éditeurs malins qui vendent du papier, imprimé.

L'écriture, une angoisse. Et parfois, suivons d'Ormesson, une allégresse. Quand ? Quand quelque chose démarre, rarement. Quand quelques pages s'emboitent pour former un tout séduisant. Un truc qui tient debout. Jean d'Ormesson a raison. Mais il parle de l'écriture qui est une pure création, ou du moins une large création. Dans l'écriture scientifique, les répétitions tuent le génie, la pédagogie l'intelligence et l'ordre la créativité et donc la création. La pertinence de la présentation tue l'impertinence de la création, c'est un autre sujet.

Les véritables auteurs éprouvent phrases et mots dans leur chair. Les véritables auteurs, et probablement tous ceux-là. Mais rien que ceux-là. Certains autres, publiés, très lus, riches de mirobolants droits d'auteur, peuvent probablement écrire sans l'étreinte de ce vice. Ils font des bouquins de plage. Les médias en raffolent. Les gens à la plage aussi.

Les autres, les véritables auteurs, connus ou pas, à succès ou sans, amateurs ou professionnels, tous les autres auteurs subissent les mots, les idées et les phrases jusqu'au tréfonds de leur âme. Une phrase peut venir vous subjuguer, là, sur le trottoir. Une idée peut vous réveiller la nuit. Un mot peut tourbillonner dans vos méninges et vous abstraire de l'anniversaire que l'on fête en famille : vous apparaissez soudain si égoïste. C'est que vous pensez écriture.

Dans la solitude de l'être absolu que vous devenez, vous pensez à écrire. Car écrire, et sur ces pages d'Ormesson ne le dit pas, c'est penser. L'écriture est à la fois le moyen et la fin de la pensée.

"Et puis, tout à coup, je m'élevais au-dessus de ma bassesse. Une sorte de grâce m'habitait. Les mots m'arrivaient tout seuls. Ils coulaient de source. Ils ne venaient même pas de moi. Ils venaient d'ailleurs." L'auteur évoque l'allégresse fructueuse. Car il est des allégresses, dans des esprits ordinaires, et sous des plumes trop lourdes, qui ne valent pas chipette. Ces moments-là d'allégresse laissent des pages à brûler : c'est de l'allégresse low cost.

Ce passage est instructif pour la suite, car l'idée de mots d'une origine transcendantale peut ne pas séduire ou convaincre, quoique le sentiment ne puisse, lui, être discuté quand il est honoré par ce style. C'est ce qui suit qui nous semble plus intéressant, moins commun.

"Ecrire est difficile". "J'étais devenu une machine à combiner les mots", Jean d'Ormesson.
"Ma vie s'est peu à peu confondue avec les mots. J'étais devenu une machine à combiner les mots."

Il poursuit. "Mon bonheur et mes chagrins ne dépendaient pas de ma santé, de l'argent, du temps qu'il faisait, de la marche du monde, de l'opinion que mes semblables semblaient se faire de moi. Ils dépendaient des mots que j'étais capable d'inventer et de ranger dans un ordre dont j'ignorais...".

Tous ces points récitent le miracle et l'ignorance du miracle, ils sont presque classiques - quoique l'animal prétende "inventer" des mots.

La grande idée de ce passage est celle de la métamorphose en machine, moins celle de la confusion avec les mots.

"Ma vie s'est peu à peu confondue avec les mots. J'étais devenu une machine à combiner les mots."

La confusion avec les mots vaut moins que la métamorphose avouée. Que les auteurs soient amoureux des mots au point de se dissiper parmi eux, au fond, cela n'étonne guère. En revanche, que l'auteur, de talent (l'autre on s'en moque), devienne une machine, est plus étonnant. Car la machine n'évoque en rien l'originalité de création, l'intuition miraculeuse ou vue comme telle ou, encore, la main de l'homme. La machine est la machine, voilà tout. Un point de l'industrie. Un moyen de la reproduction. La suite productiviste de la création ! Alors que l'auteur est lui... l'auteur est la création, au moins la créativité !

Là, on ne comprend plus Jean d'Ormesson qui se dit... machine ?! On ne le comprend plus car même sa modestie, profonde ou pas qu'importe, n'explique pas cette description. Ses livres sont encore écrits à la main et au crayon, alors quoi, d'Ormesson ? Jean d'Ormesson une machine à écrire ?!

Il faut comprendre ce qui est dit sans l'être. C'est que l'homme n'a été auteur que par le travail, que par l'abnégation... C'est que l'homme a beaucoup sacrifié à cela, à ce crayon, à ses feuilles. C'est que l'homme a passé son existence à sa table de travail. Il le dit délicatement quand il confesse écrire le dimanche et le soir, s'endormant parfois sur son bureau (C'est une chose étrange à la fin que le monde, Gallimard, p. 268). C'est que l'homme, pour devenir un maître des mots, a dû, en partie au moins, se renier en tant qu'homme. Se durcir pour atteindre une ligne pure. Sa raidir pour enlever tout gras. S'automatiser pour élaborer sa mélodie stylistique.

Au fil du temps, l'homme ayant travaillé comme la machine, l'auteur a ce sentiment d'être machine. Ce pourrait être dit de bien d'autres métiers. L'épicier. Le chirurgien. Le professeur. Le dessinateur. Le boulanger. Marcel Pagnol nous a montré comment Raimu devient le pain, à telle enseigne que lorsque le boulanger est anéanti, après le départ de sa femme, il n'y a plus de pain ! Le travail nous fait machine. Non sans paradoxe. Ainsi survenue, la machine d'Ormesson a fonctionné, vite et bien. Peut-être avec quelques ratées, aurait-il malicieusement dit.

La machine a ainsi envahi l'homme.

Ce faisant, elle a enrichi l'homme. L'a façonné. Mais l'homme a toujours subjugué la machine.

La leçon servie vaut le détour : pour devenir homme devient un peu machine. Voilà pourquoi les fainéants ne sont rien, ou si peu. Voilà pourquoi les incapables sont capables du pire. Qu'ils soient bourgeois obséquieux et vaniteux (d'une belle avenue de Paris) ou petits prolétaires et grossiers (d'une province boueuse), ils sont de la même profonde veine : la vaine veine.

Voilà pourquoi l'idée la plus forte est formulée en une phrase si courte : "J'étais devenu une machine à combiner les mots." Jean d'Ormesson se disait machine, mais il se sentait homme. La phrase dit vrai, mais elle est fausse. La machine obéit à un bouton "marche". Pas l'homme. Ce qui le faisait invoquer plus longuement, dans les lignes précitées, le mystère de la création littéraire en s'interrogeant sur la source de ces mots qui semblaient, parfois au moins, lui couler depuis la main généreuse mais rare de Dieu.

Il se disait machine mais s'écrivait en puissance vivante et sensible de la Création.

Pourquoi ? Parce que les choses sont ainsi !

Peut-être aussi pour que nous passions avec lui un bon moment.

C'était aussi souvent le cas car le romancier parlait, bavardait même ! Parler ? C'est quand ? Parler c'est... Quand les mots ne se posent pas sur la feuille mais volent dans les airs. À l'oral. Jean d'Ormesson parlait. Il a aussi écrit sur "Parler". En trois courts chapitres (Presque rien sur presque tout, Gallimard, 1996, p. 161 ; illustration en poche). L'oral et l'écrit, dont les juristes entretiennent grossièrement, presque vulgairement, la division alors qu'ils sont tellement liés. À preuve : il faudra en reparler (on ne dit pas en "reécrire"). Oui, il faudra en reparler, ce sera "Parler".





"Ecrire est difficile". "J'étais devenu une machine à combiner les mots", Jean d'Ormesson.

Mardi 9 Janvier 2018
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